Interview de Jann Halexander - Part I

- Autour du métissage et du métissage en France -


Photo par Valentine V


L’apologie du métissage : Pour commencer avec une première question « bateau », comment vivez-vous votre métissage ?

Jann Halexander : Je le vis intensément. Papa nous avait prévenu, ma soeur et moi quand nous étions petits que ce métissage était en nous jusqu'à la mort. Je suis un homme typé. Vaguement noir, vaguement blanc. On m'a pris pour un latino, un martiniquais, un asiatique, un yéménite, et j'en passe, on m'a prêté les origines les plus farfelues... C'est très bien comme ça.

L’apologie du métissage : A part, Laurent Voulzy, maintenant Yannick Noah ou vous, il y a relativement peu de métis dans la chanson française, on voit surtout des métis dans le Hip-Hop (voire dans le reggae), comment expliquez-vous cela ?

Jann Halexander : C'est vrai. A part Noah, Voulzy et moi... Sauf que je suis largement moins connu et largement moins argenté... C'est rigolo parce que le journaliste Bernard Violet qui a écrit la bio de Noah paru en mars voulait me rencontrer car j'étais pour lui l'anti-Noah. Bon c'est pour l'anecdote.

C'est un débat tellement complexe. Le blogueur Luc Melmont a écrit un peu sur le sujet. Je sais que c'est encore une question tabou car ça gêne les promoteurs de l'idée selon laquelle la musique est universelle. Je constate que je n'ai pas été soutenu franchement par les médias ethniques justement... Certaines personnes ont été claires avec moi : je fais de la musique de Blancs. C'est dommage. On écrit des textes, des musiques mais comme ce n'est pas du rap ou du funk ou de la soul, et bien... On passe à la trappe. Je n'ai pas de reproches particuliers pour le coup à faire à la presse généraliste, ni aux Blancs en général. C'est sûr que de ce côté là aussi, il y a quand même quelques cons notamment du côté des décideurs (radios, maisons de disques). Quand je dis que je chante, on me demande si je fais du blues ou du slam. Ma grand-mère maternelle m'avait prévenu : les gens n'ont pas l'habitude de voir un Métis faire du piano-voix. Bon je ne suis pas que cela, mais je sais que rien que ça a éveillé la curiosité de pas mal de gens. Maintenant, médiatiquement, financièrement, les choses auraient mieux marché, je crois, si j'étais venu avec un poncho, un bonnet péruvien, une petite guitare et un répertoire world-music altermondialiste.

Il ne faut pas oublier aussi que je suis au piano et c'est triste à dire, mais pour beaucoup de gens, le piano est un instrument bourgeois. Et me concernant, le fait de ne pas être hétérosexuel et d'être « trop »jeune ne facilite pas les choses... Enfin voilà, ce sont des éléments de réponse. Remarquer je peux être plus simple : ma tête ne revient tout simplement pas à beaucoup de gens...c'est comme ça.

J'ai souvent des instants de découragements, de doutes et après je me ressaisis car je me doute que le simple fait d'être là, avec mes disques, mes films, mes concerts et des moyens limités, mes moyens, avec les mauvais cap subis (j'ai fermé ma société en mars), et bien le simple fait d'être là est un exploit, une sorte de challenge. A mes yeux.

L’apologie du métissage : Il semble qu’il en est de même à la télévision et au cinéma français. Si on cite Sophie Ducasse, Karine Lemarchand et Pascal Légitimus on a quasiment fait le tour. Pensez-vous que les Français ont du mal avec les couleurs ? Et que noirs ou métis, c’est la même chose vu du grand public et des directions audiovisuelles au sens large ?

Jann Halexander : Je constate que le télévision se métisse de plus en plus. A partir du moment où noirs, arabes, jaunes, métis ou verts payent leur redevance audiovisuelle, je considère qu'il est normal qu'ils soient représentés un minimum à la télévision. Est-ce que noir ou métis c'est la même chose vu du grand public ? Dans la vie de tous les jours, j'ai remarqué qu'il n'en était rien, que ce n'est pas systématique... Je ne sais pas, je ne pourrais pas vraiment répondre.

L’apologie du métissage : Ségolène Royal nous avait parlé d’une France métisse, puis Sarkozy a légèrement coloré son gouvernement, le seul métis que l’on voit sur la scène politique en France est Harlem Désir, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Jann Halexander : Vous pensez sérieusement que des sénateurs, députés etc blancs, masculins, 50 ans, bien installés ont envie de laisser leur place à des femmes, des basanés, des jeunes?... Il y a des enjeux de pouvoir... Surtout que si on est attentif, il y a toujours eu des gens d'origines étrangères dans les différents gouvernements français, avant même 1945 puis après de Monnerville à Rama Yade en passant par Margie Sudre... Simplement j'ai le sentiment qu'ils ont tellement bien réussi leur intégration qu'ils semblent être considérés comme des Français à part entière et que du coup, on ne s'extasie pas vraiment sur leur couleur de peau... J'ai remarqué qu'on parlait davantage de la beauté de Rama Yade, de sa jeunesse que vraiment de sa couleur de peau. Maintenant, c'est sûr qu'il y a là aussi un travail à faire au niveau des représentations et que d'une certaine manière Harlem Désir est bien seul... (Enfin vous avez aussi Stéphane Durbec, du FN, qui fait partie de ces personnalités qui m'ont inspiré le personnage de Statross Reichmann dans Occident).

L’apologie du métissage : Si on revient de nombreuses années en arrière, plusieurs métis ont marqué fortement l’histoire de France (les Dumas et le Chevalier Saint-George pour les plus connus), au-delà des « censures d’époque » de Napoléon, comment la France a-t-elle pu oublier cela ? Pourquoi elle semble occulter que l’écrivain français le plus lu dans le monde était métis (A. Dumas) ?

Jann Halexander : Je ne dirais pas cela, je trouve que les choses ont changé. Maintenant, j'ai remarqué que tout le monde sait que Dumas était métis, avait des origines antillaises... Son entrée dans le Panthéon a été très médiatisée et n'a pas fait l'impasse sur cela. Enfin, c'est ce que j'en perçois...

L’apologie du métissage : Dans les années 80 en France, on trouvait au mieux un(e) métis(sse) par classe, maintenant on croise des métis et des couples mixtes partout dans les rues, pensez-vous (comme nous) que cette relative explosion du métissage soit une bonne chose pour la fraternité en général ?

Jann Halexander : Je dirais que par principe et pour le plaisir des yeux, c'est très bien. Il faut de tout pour faire un monde. Je souhaiterais que ce soit une bonne chose pour la fraternité mais manifestement, malgré l'augmentation de la mixité, il y a toujours autant de tensions raciales, ethniques, religieuses etc...

L’apologie du métissage : Selon vous, les métis(sses) ont-ils un rôle particulier à jouer en France ?

Jann Halexander : Je ne sais pas. Je serais tenté de dire que les Métis(sses) font la jonction entre les différentes communautés, qu'ils soient noirs/blancs, eurasiens, juifs/arabes, juifs/chrétiens etc... C'est valable d'ailleurs pour toute société, dont du coup la société française. Maintenant... Le Brésil et la République Dominicaine sont parmi les nations les plus métissées du monde et pourtant le racisme y perdure et de façon beaucoup plus violente qu'en Europe. Même si beaucoup de Brésiliens refusent de l'admettre, ce qui me désole. A partir du moment où on me dit : tout va bien, il n'y a pas de problème, je n'y crois pas une seule seconde. Il n'empêche : une chaîne comme TV Globo en majorité blanche dans une nation à 60 pour cent « non-blanche », ça la fout mal, selon moi.

Interview de Jann Halexander - Part II

- Vos rapports avec dans le monde et la culture -


Photo par Valentine V

Les métis célèbres : Vous êtes né en Afrique, y retournez-vous de temps en temps ?

Jann Halexander : J'y ai vécu 16 ans. Enfin l'Afrique c'est grand, hein...
J'ai vécu au Gabon, à Libreville, la dernière fois que j'y suis retourné c'est en 2002. Je compte y retourner. Sinon j'ai été en Afrique du Sud en 2004.

Les métis célèbres : Comment avez-vous vécu l’élection de Barack Obama et qu’est-ce qu’elle vous inspire ?

Jann Halexander : Il a l'air d'être un brave type. Son vécu intime m'interpelle. Ses rapports avec ses familles, la blanche, la noire, son parcours. Bon il n'est pas parfait mais au moins ça nous change un peu. De là à dire que les mentalités ont changé, c'est un peu risqué. J'ai grincé des dents quand j'ai vu tous ces médias communautaires noirs plutôt radicaux faire l'apologie de Barack Obama en disant il est des nôtres. Parce que s'il était républicain, ces mêmes personnes auraient dit que c'est normal parce qu'il a du sang blanc. Ces médias fustigaient Condoleeza Rice ou encore Colin Powell. Et ils n'ont rien dit, même pas levé le petit doigt quand Christiane Taubira s'est présentée aux élections présidentielles en 2002...

Pour Obama, j'attends de voir les signaux qu'il va donner à la communauté LGBT (Lesbienne, Gaie, Bi, Trans)...


Les métis célèbres : Quel a été votre voyage préféré et quels sont vos meilleurs souvenirs de voyages ?

Jann Halexander :L'Afrique du Sud. Le Cap, Stellenbosch, la région des vins, les montagnes, les forêts. La vue de Jo'Burg aussi par le hublot. Inoubliable. Sinon un très bon souvenir : j'ai appris à faire du vélo il y a 7 ans au milieu des fjords en Norvège, aux environs de Bergen, cela ne s'oublie pas !

Les métis célèbres : Où vous sentez-vous le mieux dans le monde ?

Jann Halexander :Nulle part et partout…Bon, une petite préférence pour l’Ouest de la France et j’aime beaucoup Cologne où je réside partiellement…

Les métis célèbres : Lisez-vous beaucoup ? Quel est ou quels sont vos auteurs préférés ?

Jann Halexander : J'aime beaucoup les romans de Nadine Gordimer, Toni Morrison, V.S Naipaul, Carson Mc Cullers, Amélie Nothomb, les récits de voyages, les ouvrages sociologiques, les ouvrages de la philosophe Hannah Arendt.

Les métis célèbres : Quels types de musiques écoutez-vous plus spontanément et êtes-vous sensible aux musiques africaines ?

Jann Halexander : Chanson française, musique moderne, Poulenc, musique contemporaine... J'aime beaucoup le chanteur Pierre Akendengué* (dont je ne suis pas le fils!), par contre je n'aime pas du tout le rap gabonais...


Les métis célèbres : Etes-vous sensible à l’art (pictural, photographique, sculptural, etc.), y-a-il une forme d’art qui vous attire particulièrement ?

Jann Halexander : Je dirais la peinture…Van Gogh, Magritte, Gauguin, Anne Yoro…un peu la photographie aussi…

Les métis célèbres : Quels sont vos projets ou perspectives pour les mois qui viennent ?

Jann Halexander : Un disque Live, le titre c’est Public je vous aime et une série de récitals à Berlin, Bruxelles et Paris entre septembre et décembre… Et un projet de film…

Les métis célèbres : Quel est votre personnalité préférée ou la personne que vous admirez particulièrement ?

Jann Halexander : J’admire la chanteuse Anne Sylvestre, son répertoire pour adultes. La qualité de ses chansons mais aussi sa personnalité imposante, son parcours en tant que femme pionnière de l'autoproduction en France dans les années 70. Et puis Isabelle Adjani, qui assume voire revendique ses origines algériennes, autrichiennes et françaises sans complexe, quitte à agacer beaucoup de gens…

* Nom civil de Jann Halexander : Aurélien Makosso-Akendengué

Présentation de l'interview de Jann Halexander

Photo par Valentine V
Jann Halexander à son jeune âge cumule les casquettes. Il est auteur, compositeur, interprète mais aussi acteur et metteur en scène.
Métis, né d’une mère française et d’un père gabonais, il incarne la jeune génération de la chanson française. Parmi ses diverses particularités, retenons qu’il a été précurseur (avant les grosses cylindrées de la télévision et du cinéma) dans la mise en scène du monde « magique » des vampires et aussi que c’est un métis complètement assumé.

Pour notre grand plaisir, Jann a accepté de répondre à nos questions autour du métissage en France, de sa vision du monde et de l’art. L'interview sera publiée le mardi 14 juillet (à l'occasion de la fête nationale !).

Nous ne pouvons nous retenir de dévoiler quelques unes des réflexions que Jann nous livrera au cours de l'Interview.
  • Jann vous parlera du rôle qu'ont les métis(ses) en France et d'un point particulièrement important aux yeux de l'Apologie du métissage : de leur rôle de jonction entre les communautés noires et blanches
  • Jann nous parlera également du positionnement (difficile) d'un jeune métis dans la musique quand il ne fait pas rap ou de R'n'B.

En attendant, pour plus d'informations : Jann Halexander sur les métis célèbres.

Salli Richardson

Salli Richardson, Salli Elise Richardson-Whitfield, est née le 23 novembre 1967 à Chicago d’une mère afro-américaine (Marcia Harris) et d’un père américano/italiano/irlandais (Duel Richardson) qui s’occupait de l’éducation et des relations à l’université de Chicago. Elle grandit à Chicago où elle démarre sa carrière d’actrice (au théâtre Kuumba Worshop).


Source de la photo : wikipédia

Salli est donc née la même année que d’autres éminents métis : Lisa bonet, Vin Diesel, Mariane Pearl et la française Cathy Guetta – L’année du décès de la virtuose Philippa Schuyler -

Salli Richardson est maintenant une actrice américaine connue et reconnue pour ses nombreuses participations à des séries TV grand public et pour ses apparitions régulières sur le grand écran.

Filmographie - TV
  • 1994 : New York Undercover (série dans laquelle on retrouve également la belle Michael Michele Williams )- Saison 1 : Tammy Barrett
  • 1997 : Le Caméléon - Saison 2 Épisode 11 : Cynthia Sloan
  • 1999-2001 : Associées pour la loi : Viveca Foster
  • 2002 : Les Experts (série dans laquelle on retrouve également la pétillante Leila Arcieri) : Miami - Saison 1 : Laura
  • 2003 : Line of Fire - Saison 1 : Erica Logan
  • 2004 : Dr House - Saison 1 Épisode 12 : Sharon
  • 2004 : New York Police Blues - (série dans laquelle on retrouve également Giancarlo Esposito, Jasmine Guy, Tawny Cypress et Clark Johnson aux manettes dans certains épisodes) - Saison 12 Épisode 8 : Bobbi Kingston
  • 2005 : Missing (série dans laquelle on retrouve également Gloria Reuben) : disparus sans laisser de trace - Saison 3 Épisode 12 : Kelly
  • 2006-2008 : Eureka : Allison Blake
  • 2006 : Bones (série dans laquelle on retrouve également Giancarlo Esposito) - Saison 2 Épisode 9 : Kim Kurland.

Filmographie - Grand écran

  • 1994 : Sioux city de Lou Diamond Phillips
  • 2003 : Antwone Fisher de Denzel Washington
  • 2003 : Biker boyz (avec Lisa Bonet) de Reggie Rock Bythewood
  • 2004 : Anacondas : À la poursuite de l'orchidée de sang de Dwight H. Little
  • 2007 : Je suis une légende de Francis Lawrence

Côté vie privée

Salli a eu une courte romance avec le malheureusement disparu Tupac Shakur (pour mémoire Jasmine Guy a écrit une biographie de la mère (Afeni) du mythique rappeur. Elle est maintenant mariée depuis le 8 septembre 2002 a Dondre Whitfield, ils ont une fille, Parker Richardson-Whitfield.

Esprit Metis N°8 : Les Noah métis au firmament



Le numéro 8 du magazine Esprit Métis est maintenant disponible. A l'honneur : l'Angleterre, si vous habitez dans la région de Bordeaux ou à Toulouse, vous pourrez vous le procurer sans aucun problème : rendez-vous sur le site pour les explications (le site propose des résumés de certains articles et même des bonus).


Dans la rubrique Métis célèbre, je vous recommande le court article :

"Les Noah métis au firmament !". Y sont cités, Yannick Noah bien sûr, mais aussi ses enfants, la belle et prometteuse Yelena (qui a déjà été interviewée sur les métis célèbres) et Joakim le basketteur.



Pour un récapitulatif des métis célèbres à l'honneur dans Esprit Métis : la présentation du numéro 7.

En accès direct, je vous propose ci-dessous une liste non exhaustive, par ordre chronologique, des premiers métis à s'être distingués entre le 16ième et le 19ième siècle !
Vous trouverez ci-dessous une liste de beautés métisses célèbres : mannequins, actrices, chanteuses, musiciennes ou les 4 en même temps qui rayonnent sur les 20ième et 21ième siècles.
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